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Le vieillissement est un processus biologique complexe qui affecte l’ensemble de l’organisme. Si les cheveux gris et les rides sont des signes visibles, un changement souvent sous-estimé se produit à l’intérieur du corps : la perte progressive de masse et de force musculaires. Ce processus, médicalement appelé sarcopénie, débute souvent dès l’âge de 30 ans et s’accélère considérablement après 60 ans.
Maintenir sa masse musculaire est bien plus qu’une simple question d’esthétique. La masse musculaire est directement liée à l’espérance de vie, à la mobilité et à l’autonomie. Les personnes qui ne peuvent plus porter leurs courses ou se lever d’une chaise sans aide subissent une perte de qualité de vie. La médecine nutritionnelle moderne démontre qu’en plus de l’exercice physique, un facteur est crucial pour ralentir, voire inverser, ce processus : un apport suffisant en protéines de haute qualité.
Physiologie de la sarcopénie : que se passe-t-il dans le corps ?
La sarcopénie est un processus multifactoriel. Les changements hormonaux (tels que la baisse de testostérone et d’œstrogènes), la réduction de l’activité des motoneurones et l’inflammation chronique de bas grade liée à l’âge (« inflammaging ») contribuent tous à son déclin.
Le facteur le plus critique reste cependant le déséquilibre entre la construction musculaire (synthèse des protéines) et la dégradation musculaire (protéolyse). Chez une personne en bonne santé, ces processus sont en équilibre. Avec l’âge, cet équilibre se déplace en faveur de la dégradation. Sans mesures correctives, les personnes âgées de 50 à 80 ans peuvent perdre jusqu’à 40 % de leur masse musculaire. Ceci entraîne une diminution du métabolisme basal, qui favorise à son tour une prise de poids (notamment de graisse viscérale) – un phénomène connu sous le nom d’obésité sarcopénique.
« Résistance anabolique » : Pourquoi les personnes âgées ont besoin de plus de protéines
Longtemps, la recommandation de 0,8 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel a fait office de norme pour tous les adultes. Des recherches plus récentes ont nuancé cette position.
La raison réside dans ce qu’on appelle la « résistance anabolique ». Le tissu musculaire des personnes âgées réagit moins efficacement à l’apport d’acides aminés et d’insuline que celui des jeunes adultes. Une personne de 20 ans peut stimuler la synthèse protéique musculaire au maximum avec une faible quantité de protéines alimentaires. Une personne de 70 ans a besoin d’une dose d’acides aminés dans le sang nettement plus élevée pour obtenir le même effet anabolique.
Les experts recommandent donc aux personnes de plus de 65 ans de consommer au moins 1,0 à 1,2 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel. Pour une personne âgée de 70 kilogrammes, cela correspond à environ 70 à 84 grammes de protéines pures par jour. Pendant une convalescence ou une maladie aiguë, les besoins peuvent être encore plus élevés.
Qualité des protéines : la leucine comme élément clé
Toutes les protéines ne sont pas aussi efficaces pour lutter contre la perte musculaire. Le facteur crucial est le profil en acides aminés, et plus particulièrement la teneur en acides aminés essentiels, que l’organisme ne peut pas synthétiser.
L’acide aminé leucine joue ici un rôle particulièrement important. Il agit comme un « interrupteur » moléculaire qui active la synthèse des protéines musculaires. Le seuil d’activation de cet interrupteur augmentant avec l’âge, les personnes âgées doivent privilégier les aliments ou les compléments alimentaires riches en leucine.
Les protéines animales (viande, poisson, produits laitiers, œufs) ont généralement une valeur biologique et une teneur en leucine supérieures à celles des sources végétales. Toutefois, cela ne signifie pas qu’une alimentation exclusivement végétale soit impossible ; elle exige simplement une combinaison plus judicieuse de différentes sources de protéines (par exemple, légumineuses et céréales) afin d’obtenir un profil complet d’acides aminés.
Mise en œuvre pratique dans la vie quotidienne
De nombreuses personnes âgées ont du mal à satisfaire leurs besoins accrus en protéines. La perte d’appétit, les difficultés à mâcher ou une altération du goût les amènent souvent à privilégier les aliments mous et riches en glucides (pain, gâteau, purée de pommes de terre) tout en évitant la viande ou le poisson.
Un enrichissement alimentaire stratégique est nécessaire ici.
- Répartition : Il est plus efficace de répartir les protéines sur trois repas principaux (25 à 30 grammes chacun) plutôt que de consommer la totalité de la quantité le soir. Cela permet de maintenir un taux de synthèse élevé et constant tout au long de la journée.
- Produits laitiers : le quark, le fromage cottage ou le skyr sont d’excellentes sources, faciles à consommer.
- Compléments alimentaires : Si vous avez du mal à couvrir vos besoins par l’alimentation, les poudres peuvent vous aider. La protéine de lactosérum, en particulier, est considérée comme la référence grâce à son absorption rapide et sa richesse en acides aminés essentiels. Une protéine de lactosérum de haute qualité, issue de vaches nourries à l’herbe, peut constituer un complément efficace, car elle est exempte d’additifs inutiles et offre une biodisponibilité élevée sans surcharger le système digestif.
Pas de stimulation, pas de croissance : le rôle de l’entraînement
L’alimentation seule peut ralentir la perte musculaire, mais pas l’arrêter ni l’inverser. Les protéines fournissent les éléments constitutifs, mais le corps a besoin d’un plan et d’un signal pour les utiliser. Ce signal est fourni exclusivement par le biais du stress mécanique.
L’entraînement musculaire (ou musculation) est la mesure la plus efficace contre la sarcopénie. Cela ne signifie pas forcément soulever des charges lourdes. Même un entraînement au poids du corps, avec des élastiques ou des machines – adapté à votre condition physique – apporte la stimulation nécessaire. L’association d’une alimentation riche en protéines et d’un entraînement musculaire régulier amplifie cet effet : les protéines sont directement assimilées par les muscles sollicités.
Maintenir sa masse musculaire est la meilleure protection contre le vieillissement. Augmenter significativement son apport en protéines n’est pas une mode passagère, mais une nécessité physiologique pour contrer la résistance anabolique. Associée à l’exercice physique, cette approche permet aux seniors de rester dynamiques, stables et autonomes plus longtemps. Il n’est jamais trop tard pour adopter une alimentation riche en protéines : le corps bénéficie d’une nutrition adaptée même à un âge avancé.
